Congé parental : quelle rémunération pendant votre arrêt ?

Prendre un congé parental, c’est souvent une décision difficile — pas à cause de l’envie, mais à cause du portefeuille. Combien va-t-on toucher pendant ces mois (ou années) passés à s’occuper de son enfant ? La réponse est moins simple qu’un salaire habituel, et beaucoup de parents découvrent les vraies règles au moment le plus mauvais. Autant clarifier ça maintenant.

Le congé parental d’éducation (CPE) permet de suspendre ou réduire son activité après la naissance ou l’adoption d’un enfant. Mais contrairement à l’arrêt maladie, l’employeur ne verse aucun salaire pendant cette période. La rémunération provient de la CAF ou de la MSA, sous forme de la PreParE — Prestation Partagée d’Éducation de l’Enfant. Voici ce que ça veut dire concrètement.

La PreParE : le revenu de remplacement du congé parental

Qu’est-ce que la PreParE exactement ?

La PreParE remplace le salaire pendant le congé parental. Elle est versée par la CAF (ou la MSA pour les non-salariés agricoles), pas par l’employeur. Son montant est forfaitaire — autrement dit, il ne dépend pas de votre ancien salaire, contrairement à l’indemnité journalière de maternité.

Deux cas de figure existent selon que vous arrêtez complètement de travailler ou que vous réduisez votre temps de travail :

  • Congé parental à temps plein : arrêt total de l’activité, montant plein de la prestation.
  • Congé parental à temps partiel : réduction à 50 %, 60 % ou 80 % du temps de travail, montant réduit.

Les montants en vigueur

Au 1er avril 2024, les montants mensuels de la PreParE sont les suivants :

Situation Montant mensuel brut
Temps plein (arrêt total) 449,33 €
Temps partiel ≤ 50 % 290,19 €
Temps partiel entre 50 % et 80 % 144,60 €

Ces montants sont revalorisés chaque année. La PreParE est exonérée d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales — c’est donc net.

449 €

montant mensuel net de la PreParE à temps plein (2024)

Conditions pour en bénéficier

Tout le monde n’est pas éligible automatiquement. Pour toucher la PreParE, il faut remplir plusieurs critères cumulatifs :

  • Avoir travaillé au moins 8 trimestres au cours des 2 dernières années (pour un 1er enfant) ou des 4 dernières années (pour un 2e enfant ou plus).
  • Résider en France de façon stable et régulière.
  • Ne pas exercer d’activité professionnelle au-delà du seuil autorisé (ou pas du tout, selon le type de congé choisi).

⚠️ À garder en tête

Pour un premier enfant uniquement, la PreParE ne peut pas dépasser 6 mois. À partir du deuxième enfant, elle peut aller jusqu’à 3 ans. Beaucoup de parents d’un seul enfant l’ignorent et se retrouvent sans revenu après le congé maternité prolongé.

Ce que l’employeur verse (ou ne verse pas)

Suspension du contrat, suspension du salaire

Pendant le congé parental, le contrat de travail est suspendu. L’employeur n’a donc aucune obligation légale de maintenir le salaire. Point. Certaines conventions collectives prévoient un complément, mais c’est loin d’être la règle générale — vérifiez la vôtre avant de planifier votre budget.

La fonction publique fonctionne différemment : un fonctionnaire en congé parental perçoit un traitement réduit pendant les deux premiers mois, puis bascule sur la PreParE. Là encore, les règles varient selon la catégorie et l’ancienneté.

Les droits maintenus malgré l’absence de salaire

Pas de salaire ne signifie pas zéro protection. Pendant le congé parental :

  • L’ancienneté continue de s’accumuler (la moitié de la durée du congé est prise en compte).
  • Le salarié conserve la couverture de la mutuelle d’entreprise, sauf accord contraire.
  • Le contrat reste en vigueur — le retour au même poste (ou équivalent) est garanti.
  • La retraite de base est validée par la CAF via des cotisations fictives, sous conditions.

✅ À retenir

Le congé parental suspend le salaire mais pas le contrat. Les droits à l’ancienneté et au retour dans l’entreprise sont protégés par la loi. La PreParE compense partiellement la perte de revenus — rarement en totalité.

⚠️ Les pièges à éviter sur la rémunération

Compter uniquement sur la PreParE pour vivre

449 € par mois, c’est la moitié du SMIC net. Difficile d’en faire son seul revenu, surtout en zone urbaine. Beaucoup de couples optent pour un congé parental partagé : chaque parent prend une partie du congé, ce qui étale la baisse de revenus dans le temps plutôt que de la concentrer sur un seul foyer.

C’est précisément pour ça que la PreParE a été rebaptisée « partagée » : un bonus existe si les deux parents prennent chacun au moins 2 mois. En pratique, ça allonge la durée totale indemnisée de 6 mois supplémentaires pour le 2e parent (au lieu de 3 ans pour un seul, on peut aller jusqu’à 3 ans + 6 mois si le second parent prend sa part).

Oublier les impacts sur les droits futurs

Un congé parental long peut peser sur la retraite. Si vous interrompez votre carrière plusieurs années, les trimestres manquants ont un effet direct sur le calcul de la pension. La CAF valide des trimestres sous conditions, mais pas systématiquement pour les durées longues. Pensez à vérifier votre relevé de carrière sur le site de l’Assurance Retraite avant de vous décider.

« Le congé parental est souvent sous-estimé dans ses effets financiers à long terme. L’impact sur la retraite peut dépasser 10 000 € sur une carrière complète pour une interruption de 3 ans. »

— Estimation courante des conseils retraite indépendants

Négliger le volet comptable et fiscal

La PreParE n’est pas imposable, mais elle peut changer votre quotient familial ou affecter certains crédits d’impôt (notamment ceux liés à la garde d’enfant si vous reprenez à temps partiel). Si vous avez une activité secondaire ou si votre conjoint déclare des revenus significatifs, une simulation fiscale s’impose. La Comptabilité de foyer mérite une révision sérieuse avant la prise de congé, pas après.

🎯 Cas particuliers et situations spécifiques

Indépendants et auto-entrepreneurs

Un auto-entrepreneur peut-il prendre un congé parental ? Techniquement oui, mais la réalité est plus complexe. La PreParE est accessible sous conditions de cotisations antérieures. En revanche, aucun revenu de remplacement lié à votre chiffre d’affaires n’existe — la prestation reste forfaitaire comme pour un salarié. Si votre activité continue à tourner pendant le congé (ce qui arrive souvent), vous ne pouvez pas percevoir la PreParE à taux plein.

Projet de reconversion pendant le congé parental

Certains parents profitent du congé pour réfléchir à une reconversion professionnelle, voire pour lancer un projet. C’est légal, mais encadré. Le Code du travail interdit d’exercer une activité salariée concurrente. En revanche, préparer une création d’entreprise est permis — et il existe même un dispositif dédié : le Congé pour création d’entreprise : droits, durée et démarches, distinct du congé parental, qui offre une autre forme de protection juridique pour les porteurs de projet.

💡 Notre conseil

Simulez votre budget sur la durée totale envisagée — pas juste les premiers mois. Prenez en compte la fin de la PreParE (6 mois pour le 1er enfant), les charges incompressibles, et la date de reprise du travail. Un tableur simple vaut mieux qu’une mauvaise surprise en milieu de congé.

Reprise progressive et mi-temps thérapeutique

À la fin du congé parental, le retour peut se faire progressivement si l’employeur et le salarié s’accordent. Certaines entreprises proposent des aménagements horaires pour faciliter la transition. Ce n’est pas une obligation légale (sauf dispositions conventionnelles), mais ça se négocie — et ça vaut le coup d’essayer, surtout si vous avez passé 1 ou 2 ans hors de l’entreprise.

1
Vérifier son éligibilité
Contrôler le nombre de trimestres cotisés avant la naissance via son espace Ameli ou CAF.
2
Informer l’employeur
Envoyer la lettre de demande de congé parental par LRAR au moins 1 mois avant la date souhaitée (2 mois si congé à temps plein dès la naissance).
3
Faire la demande de PreParE
Se connecter sur le site de la CAF dans les 2 mois suivant la naissance pour activer la prestation sans délai.